l’Europe

Je suis en train de préparer un exposé sur l’europe, mythe ou réalité, en "enjeux politiques" et j’ai retrouvé à cette occasion un texte que j’avais écrit il y a assez longtemps.. 2003 je crois… en réaction à la lecture de "Europa" de Romain Gary, un des mes "ex-auteur favori" qui reste un auteur et un personnage intéressant…fascinant… difficile à décrire: français d’origine étrangère, gaulliste, résistant, européen, américain et cosmopolite… un auteur avec une belle langue en tout cas, amoureux du genre humain sans s’aveugler sur ses faiblesses…

 pour comprendre la citation: Danthès est le héros, représentant de l’auteur, amoureux d’Erika, ambassadeur français à rome (romain gary a eu aussi une carrière diplomatique). Erika, c’est l’europe elle même…

« Erika écoutait Danthès qui parlait « d’eux » comme s’il n’en n’eut pas été et s’efforçait de ne pas sourire : il était membre du club. Indigné par le fascisme, indigné par le communisme petit marxiste, indigné par la soupe bourgeoise, par le socialisme qui s’était perdu quelque part entre la consommation et la production, par le capitalisme américain annonciateur d’écroulement à l’échelle planétaire. Cosmopolite qui comprenait parfaitement que le cosmopolitisme ne fréquentait que les meilleurs hôtels et évitait les endroits envahis par les foules, Européen passionné qui riait amèrement à l’idée que l’Europe était devenue le Marché Commun, Danthès évoquait le passé en faisant semblant de parler Histoire, mais parlait ainsi de lui-même. » Cette citation du « Europa » de Romain Gary, me semble intéressante à nous remémorer pour ne pas oublier que le contexte dans lequel nous évoluons n’est qu’une vision de la réalité. Nous, et j’ose dire « nous » malgré les moqueries et les coups bas que nous nous assénons sans trêve, nous parce que nous sommes malgré tout une unique catégorie, nous, nous avons une vision commune de l’Europe, mais nous avons parfois du mal à nous rendre compte que notre Europe n’est la notre que parce que nous partageons une même culture, oserais-je dire bourgeoise ?

Je rêve, nous rêvons d’une Europe qui soit une Europe des peuples, dont cependant nous ne voulons pas faire partie : une Europe où tout le monde serait proche de tout le monde, où l’on apprendrait trois quatre langues sans problèmes pour pouvoir communiquer avec nos voisins italiens, allemands, et maintenant polonais et chypriotes… Une Europe où l’on ferait un pas vers les autres, où l’on s’unirait pour être plus forts pour présenter au monde notre vision du bonheur, dans la démocratie et la pluralité des opinions. Une Europe qui ne serait pas le Marché Commun, ni même ce qu’on appellerait l’Union Européenne. Ce marché commun qu’évoque Romain Gary, résistant et proche de de Gaulle, puis diplomate, ce marché commun est ce qui a succédé au grand rêve de Monnet, de Schumann et de tous ceux que nous étudions ici. De tous ceux qui dans les premiers temps ont eu une vision idéaliste de l’Europe. Gary décrit dans « Europa » la désillusion d’un homme qui s’aperçoit que l’Europe s’est prostituée, s’est soumise à l’Est et à l’Ouest, parce qu’elle voulait rester encore dans sa vision des Lumières, plutôt que de partager entre tous ses richesses. L’Europe, c’était en 1971 à l’époque du livre, mais encore aujourd’hui, une vision de quelques uns, des privilégiés qui ont accès à cette culture. S’il existe une culture européenne, c’est une culture de privilégiés : Mozart, Léonard de Vinci, Descartes, sont des hommes dont l’héritage n’est que pour quelques uns. Qui en Europe, se reconnaît l’héritier de ces artistes, de ces penseurs, de ces philosophes qui ont créés l’esprit européen ? Nous. Nous, étudiants, parce que nous sommes chanceux. D’autres aussi, mais combien ont ce rare privilège d’avoir été « formés » par ces grands hommes ? Les seules façons dont on a pu vraiment changer la société, c’est par le fascisme, le nazisme, le communisme totalitaire… Les grands esprits rêvant de changer l’Homme, de changer la société, et pas seulement la « bonne » société, n’ont jamais rien changé que pour quelques individus ponctuellement.

Alors je propose que nous continuions à rêver de l’Europe, certes, c’est très bien, et sans ceux rêveurs elle ne se ferait jamais,  mais je voudrais que nous prenions conscience que l‘Europe à deux vitesses, ce n’est pas seulement la vieille Europe et la jeune Europe, mais aussi celle de ceux qui ont reçu cet héritage de la Grèce, du christianisme et des Lumières en pleine conscience et ceux qui n’ont pas reçu cet héritage. Tant que cet héritage ne sera pas partagé entre tous, il ne sera pas possible de faire l’Europe.

 

pour conclure sur romain gary, je dois juste ajouter qu’il me fascine de la façon dont me fascine également joseph kessel, comme lui "juif russe", comme lui écrivain, cinéaste et homme d’action…

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