Edgar Morin – Penser l’Europe

Pourtant je rendais inconsciemment hommage à l’Europe en la reniant. Adolescent, je m’étais fait, comme tant d’autres, sas le savoir, une éducation européenne. C’est son empreinte qui m’a fait préférer l’Humanité aux Patries, c’était elle qui m’invitait à contester les nationalismes et à goûter le cosmopolite, c’était l’humanisme européen qui m’entrainait au-delà de la province européenne au nom de l’universel.

 

L’Europe se dissout dès qu’on veut la penser de façon claire et distincte, elle se morcelle dès qu’on veut reconnaître son unité. Lorsque nous voulons lui trouver  une origine fondatrice ou une originalité intransmissible, nous découvrons qu’il n’y a rien qui lui soit propre aux origines, et rien dont elle ait aujourd’hui l’exclusivité. La notion d’Europe doit être conçue selon une multiple et pleine complexité.

 

 « Pendant tout le Moyen Age […] l’action puissante du christianisme, en faisant sans cesse passer, par-dessus les frontières mal assises de royaumes kaléidoscopiques, de grands courants de civilisation chrétienne détachés du sol, a contribué à donner aux Occidentaux une conscience commune, par-dessus les frontières qui les séparent, une conscience qui, laïcisée peu à peu, est devenue une conscience européenne. » Lucien Febvre – L’Europe. Genèse d’une civilisation – Cours au Collège de France en 1944-1945)

 

« une Europe est une espèce de système formé d’une certaine diversité humaine et d’une localité particulièrement favorable ; façonnée enfin par une histoire singulièrement mouvementée et vivante. Le produit de cette conjoncture de circonstances est un Européen. ».

« Mais qui donc est Européen ? [ …] Je considérerai comme européens tous les peuples qui ont subi au cours de l’histoire les trois influences que je vais dire. La première est celle de Rome. […] Vint ensuite le christianisme. […] Toutefois nous ne sommes pas encore des Européens accomplis. Il manque quelque chose à notre figure ; il y manque cette merveilleurse modification à laquelle nous devons non point le sentiment de l’ordre public et le culte de la cité et de la justice temporelle ; et non point la profondeur de nos âmes, l’idéalité absolue et le sens d’une éternelle justice ; mais il nous manque cette action subtile et puissante à quoi nous devons le meilleur de notre intelligence, la finesse, la solidité de notre savoir, – comme nous lui devons la netteté, la pureté et la distinction de nos arts et de notre littérature ; c’est de la Grèce que nous vinrent ces vertus.  »

« D’autre part, les conditions de cette formation, et de cette inégalité étonnante, tiennent évidemment à la qualité des individus, à la qualité moyenne de l’Homo Europœus. Il est remarquable que l’homme d’Europe n’est pas défini par la race, ni par la langue, ni par les coutumes, mais par les désirs et l’amplitude de la volonté… »

Paul Valéry – Variété I – La crise de l’esprit. – Folio essais Gallimard, 1924

 

 

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