l’espoir

Diane ou la chasseresse solitaire. – Carlos Fuentes
 
Il n’est de pire servitude que l’espoir d’être heureux. Dieu nous promet une vallée de larmes ici-bas. Mais cette souffrance terrestre n’est que passagère. La vie éternelle est l’éternelle félicité. Cependant, en éternels insatisfaits que nous sommes, nous répliquons à Dieu: Ne méritons nous point une parcelle d’éternité durant notre passage dans le temps? Les ruses de Dieu sont pires que celles d’un croupier de Las Vegas. Il nous promet le bonheur dans l’éternité et le malheur sur terre. Tandis que nous, nous avons la conviction que connaitre la vie et la vivre bien est le suprême défi à Dieu et à sa vallée de larmes. Si nous gagnsons le défi, Dieu, en tout état de cause, se venge de nous: Il nous refuse l’immortalité, nous condamme à la soufrance éternelle. Contre toute logique, nous persistons à vouloir atribuer une logique à la Divinité. Nous nous disons: Dieu n’a pas pu être le créateur de la misère et de la souffrance, de la cruauté et de la barbarie humaines.
[…] Pascal, saint et cynique à la fois, est peut etre le seul dont le pari sauve à la fois notre conscience et notre concupiscence: Si tu paries sur l’existence de Dieu et que Dieu n’existe pas, tu n’as rien à perdre; mais si Dieu existe, tu as tout à gagner.
[…] Pouvons nous aimer sur terre et néanmoins mériter un jour l’accès au ciel? non comme pénitents, flagellants, ermites ou faméliques de la vie, mais comme participant pleinement à la vie, recherchant et obtenant ses fruits terrestres, sans sacrifier pour autant la vie éternelle; sans demander pardon d’avoir aimé "not wisely but too well"? La mythologie chrétienne, qui oppose la charité au jugement implacable e l’Ancien Testament, ne parvient pas à la superbe ambiguité de la mythologie païenne. Les sujets du christianisme sont toujours eux-mêmes, jamais autres. Ils exigent un acte de foi; or la foi, disait Tertullien, c’est l’absurde: "Ceci est vrai parce que c’est incroyable." Mais l’absurde n’est pas l’ambiguité. Marie est vierge bien qu’elle ait conçu. Le Christ est vivant bien qu’il soit mort. Mais qui est Prométhée, qui a dérobé le feu sacré? Pourquoi n’use-t-il de sa liberté que pour la perdre? Eût-il été plus libre s’il n’en avait pas usé, auquel cas il ne l’eut point perdu, ni gagnée du reste? La liberté peut-elle se conquérir au moyen d’une autre valeur que la liberté elle-même? Ne pouvons nous connaitre l’amour, ici-bas, que si nous le sacrifions, si nous perdons l’être aimé de notre propre fait, pr notre propre défailance?
Vaut-il mieux quelque chose, plutot que tout ou rien?
[…] Seuls à la fin, comme seuls au commencement, nous nous remémorons les instants de bonheur que nous avons sauvés de la mystérieuse lantence du monde, nous revendiquons l’esclavage du bonheur et nous n’écoutons que la voix de la réserve masquée, le pouls invisible qu iau bout du compte se manifeste pour affirmer la vérité la plus terrible qui soit, la condamnation irrévocable du temps qui nous est imparti sur terre: Tu n’as pas su aimer. Tu as été incapable d’aimer.
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