la france vue de suisse

CRISE DE RÉGIME – Cratopathie précoce, cratopathie sénile

Chirac, Villepin, Sarkozy… Leur soif de pouvoir semble inextinguible. Même
Berlusconi n’est pas parvenu à un tel ridicule.

Cratopathie : n. f. (tiré du grec kratos, pouvoir, et pathos, maladie),
affection neuropsychique qui se déclenche généralement chez certains
détenteurs du pouvoir. Elle présente comme symptôme principal la passion
compulsive pour toutes les marques, surtout extérieures, de l’autorité. Elle
s’accompagne toujours d’une perte totale de tout sens du bien collectif.
Elle peut apparaître chez certains individus – surtout du genre masculin –
vivant en couple ou en famille ; l’affection est alors dite “cratopathie
domestique”. La forme la plus nocive socialement demeure la “cratopathie
politique”, qui exerce ses ravages de préférence dans les palais et autres
marais insalubres. Cette pathologie se décompose en “cratopathie politique
précoce” – elle concerne les politiciens qui, n’étant pas encore au sommet,
sont persuadés de s’y trouver déjà – et en “cratopathie politique sénile”,
qui touche les dirigeants en fin de mandat et qui s’accrochent avec
l’énergie du désespoir aux symboles les plus futiles de leur puissance
disparue.
Les sœurs latines – l’Italie et la France – ont été ou sont affligées par ce
mal galopant. Du côté de la Botte, Silvio Berlusconi a développé la
cratopathie jusqu’à en faire le cœur de sa personnalité. Dominant déjà les
banques, les assurances, les médias, le Calcio, on aurait pu penser que la
perte de son siège de Premier ministre serait vite oubliée. Or Berlu nous a
fait un gros caprice en n’admettant pas sa défaite aux tirs aux buts contre
Prodi. Cela dit, chez Berlusconi, cette récente poussée de cratopathie aiguë
recèle tout de même une certaine rationalité. Sur la quinzaine de procédures
pénales où son nom apparaissait, ce nouveau roi du non-lieu est parvenu à
échapper définitivement à treize, à la suite d’acquittements, d’amnisties ou
de prescriptions. Et puis, l’Italie ne cultive pas le culte de l’Etat, qui
reste, pour elle, un corps étranger qui n’est jamais parvenu à brider la
riche créativité, à tous les niveaux, de cette fascinante nation. Donc la
cratopathie de type berlusconien n’est qu’une affection bénigne. La France,
en revanche, tient l’administration en haute estime. Avoir conçu
l’Etat-nation reste son grand motif de fierté. Or à sa tête sévit
actuellement la forme la plus spectaculaire de cratopathie politique.
Oublions pendant une seconde Sarko-Iznogoud, qui, à force de se vouloir
calife à la place du calife, ne sera peut-être pas calife du tout.
Examinons le cas Chirac, à l’effrayant diagnostic. Qu’espère donc un
président ayant perdu toute prise sur le réel ? Un président que tout le
monde raille, y compris les siens. Qui fait perdre à son pays tout le crédit
qui lui restait. Qui subit crise sur crise : aux flambées des banlieues ont
succédé, sans la moindre pause, les manifs anti-CPE et l’affaire
Clear-stream. Chaque fois, l’extrême droite marque des points. Dans les
intentions de vote, Le Pen atteint un score encore plus élevé que celui qui
était le sien avant sa présence au second tour de la présidentielle de 2002.
Un chef d’Etat normalement constitué pourrait se dire : “Si je démissionne
maintenant, Le Pen n’aura pas le temps de s’organiser de façon efficace. Et
puis, en plaçant les intérêts de la nation avant les effets de ma
cratopathie, je partirai au moins sur une bonne impression.”
En Allemagne, le chancelier Schröder, lui, a démontré que ce mal n’était pas
sans remède. Constatant la désaffection populaire, il a remis son mandat en
jeu, alors que rien, légalement, ne l’y contraignait. Hélas, la cratopathie
de Chirac résiste à toutes les thérapies. Céder le pouvoir maintenant serait
offrir un boulevard à l’ennemi Sarkozy. La blessure à l’ego présidentiel
serait trop douloureuse. Et peu importe si le prochain incendie permet à Le
Pen de tirer les marrons du feu.

Jean-Noël Cuénod
La Tribune de Genève

 
bon poulette, j’ai repris ton article, encore désolée du plagiat… tu vas devenir une source citée (par moi!). pis ça évitera à mon coloc de venir lire sur mon écran genre "ah, c msn cette fenetre??" comme ça il me dira ce qu’il en pense
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