La passion de l’indifférence

J’arrive à la fin de mes études et je n’ai que des regrets, comme dit l’autre. Des regrets de n’avoir pas su faire mieux. Des regrets de m’être arrêtée au bord du bien, sans tenter le mieux. Des regrets par rapport à ce que j’en attendais. J’attendais la gueule béante que le savoir coule, comme on gave les oies.
J’ai passé quelques semaines en prépa et là j’ai vu le savoir couler, à flot, à nous étouffer. J’ai réussi le concours, et l’on peut dire que je m’en porte bien, point de vue avenir. Mais je suis passée à coté de l’essentiel, je crois, à coté de la connaissance, trop de fois.
J’ai quand même réussi, parfois, à me passionner pour certains sujets. Pas les sujets qui m’auraient été le plus utile, sans doute. L’Antarctique. Le mythe de l’Europe. Par exemple.
Je n’aurai pas perdu mon temps, sans doute que j’aurai quand même appris, en cinq ans. Et que j’en retiendrai l’essentiel. Mais… quelque part dans mon coeur… je regrette… d’avoir perdu par l’altitude, par la vitesse, la profondeur. J’ai perdu pas mal d’illusions, également. Tant mieux.
 
Je viens de voir "Le promeneur du champ de Mars". Et j’en sors assez déçue, mais qu’attendais-je? Un film à la hauteur du personnage Mitterrand?
J’en retiens une phrase, celle que choisit le journaliste, et qui pourrait me servir si je savais l’utiliser: "Il faut avoir la passion de l’indifférence. C’est la seule façon d’avancer".
On retrouve là bien Mitterrand. Pas celui qui croyait changer le monde, et changer les hommes, s’il y a cru.
Parce que je suis née après 1981, je ne lui en veux pas. De quoi, d’ailleurs? De ne plus y croire? De n’avoir pas fait la Révolution?  C’est assez drôle, les autres protagonistes du films lui en veulent, de n’avoir fait "que" ça. On pourra oublier ce qu’on lui doit. On pourra ne retenir que la corruption, Mazarine etc. On peut, bien sûr.
Pour moi qui suis plus jeune, Mitterrand, c’est la président de mon enfance, le vieil homme que l’on voit à la télé. Respectable pour son âge, pendant longtemps je ne me suis pas posée de questions, sur qui il était. Une sorte de grand-pére lointain. Je savais, je ne sais pas comment, qu’il était socialiste. Pardon, je savais plutôt qu’il était de gauche, je ne faisais de différence qu’entre la gauche, la droite et les verts. Je n’ai pas grandi avec une conscience politique politicienne. Mais en 95, j’étais alors en 6e, quand notre prof d’histoire géo nous a demandé de faire un rapport sur les présidentielles, j’avoue que je ne voyais pas trop le lien entre lui, et Jospin.
D’ailleurs, je ne le vois toujours pas.
Bref.
Je n’aurais sans doute pas cette passion de l’indifférence. Je veux dire, pas profondément, pas longtemps, même si à un moment je me bouche les oreilles pour ne plus entendre, pour ne plus savoir, ce qui se passe. Et j’en voudrais toujours trop, je demande toujours trop, aux gens. Et… Allez, je le reconnais, peut être bien que j’avancerais plus si je restais plus indifférente.

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