Le Pèse-nerfs

Il faut que l’on comprenne que toute l’intelligence n’est qu’une vaste éventualité, et que l’on peut la perdre, non pas comme l’aliéné qui est mort, mais comme un vivant qui est dans la vie et qui en sent en lui l’attraction et le souffle (de l’intelligence, pas de la vie).

Les titillements de l’intelligence et ce brusque renversement des parties.

Les mots à mi chemin de l’intelligence.

Cette possibilité de penser en arrière et d’invectiver tout à coup sa pensée.

Ce dialogue dans la pensée.

L’absorption, la rupture de tout.

Et tout à coup ce filet d’eau sur un volcan, la chute mince et ralentie de l’esprit.

 

 

La pensée est merveilleuse en ceci qu’elle permet une réflexion sur elle-même, sur son point de départ, sur son cheminement. Qu’est ce que l’intelligence ? la capacité à saisir la pensée. Comme si l’esprit pensait seul, mais que l’intelligence humaine sert à la capter, ou du moins à en capter des bribes. Tout d’un coup l’intelligence peut s’arrêter, l’on peut perdre la capacité à discerner ce qui est pensé. Il y a, comme le dit Artaud, un dialogue dans la pensée. Y a-t-il aussi un dialogue entre la pensée consciente et la pensée inconsciente ?

 

Penser sans rupture minime, sans chausses trappes dans la pensée, sans l’un de ces escamotages subits dont mes moelles sont coutumières comme postes émetteurs de courants.

Mes moelles parfois s’amusent à ces jeux, se plaisent à ces jeux, se plaisent à ces rapts furtifs auxquels la tête de ma pensée préside.

Il ne faudrait qu’un seul mot parfois, un simple petit mot sans importance, pour être grand, pour parler sur le ton des prophètes, un mot témoin, un mot précis, un mot subtil, un mot bien macéré dans mes moelles, sorti de moi, qui se tiendrait à l’extrême bout de mon être,

Et qui, pour tout le monde, ne serait rien.

Je suis témoin je suis le seul témoin de moi-même. Cette écorce de mots, ces imperceptible transformation de ma pensée à voix basse, de cette petite partie de ma pensée que e prétends qui était déjà formulée et qui avorte,

Je suis seul juge d’en mesurer la portée.

 

Quitter les cavernes de l’être. Venez. L’esprit souffle en dehors de l’esprit.il est temps d’abandonner vos logis.

 

 

Antonin Artaud – le Pèse-nerfs

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