Il y a des jours bleus

Il y a des jours où l’on s’en veut. Où l’on ne se sent à sa place nulle part. On s’en veut d’être là, de ne pas être ailleurs, de ne pas faire comme tout le monde, partir au travail le matin. Partir pour 9h, rentrer vers 19h, embrasser ses enfants et faire chauffer des pâtes, et vite vite vite au dodo.

Je sais que ce soir mon conjoint en rentrant me demandera ce que j’ai fait aujourd’hui. Et je sais que je ne sais pas. Je n’ai pas la réponse à cette question. Peut-être: « J’ai postulé à une offre. » Ou « J’ai feuilleté les offres d’emploi mais il n’y a rien qui me correspondait », selon les jours.

Je sais que j’ai vidé le lave-vaisselle, plié le linge, étendu le linge. Que j’ai débarrassé la table du petit-déjeuner, que j’ai fait quelques courses. Que j’ai rangé les jouets qui trainaient. Que j’ai réfléchi à ce qu’on allait manger ce soir. Je sais que ça ne suffit pas. Ce ne me suffit pas, d’ailleurs. Ca ne me suffira jamais.

Mais je me sens lasse. Lasse d’écrire « je rêve de travailler pour votre société qui est tellement formidable et que d’ailleurs j’en rêve depuis toujours » alors que non, ce dont je rêve, c’est d’avoir la paix. C’est de dormir. De prendre le soleil. Non, je ne veux pas dépendre de Pole Emploi toute ma vie. Oui je veux reprendre un emploi. A force, n’importe quel emploi, d’ailleurs. Non, je ne suis pas difficile. Oui, j’accepterai un temps plein, évidemment, ce n’est pas un choix, oui, j’accepterai de faire des kilomètres.

Mais comment vous dire? Cette nuit je me suis réveillée toutes les heures. Je me suis levée 3-4 fois. Il pleure, et je ne veux pas qu’il pleure seul. Je le prends dans mes bras. C’est mon rôle, et je le veux. Parfois il se rendort seul, parfois pas. Je l’aime comme on aime son enfant, comme je n’ai aimé que son frère avant lui.  Ce matin, je les ai déposés à la crèche et je suis rentrée à la maison.

Etre à la maison, quand on ne le veut pas, c’est la solitude, c’est l’invisibilité. Il y a des jours où c’est différent, bien sûr. Il y a des jours où le soleil brille, où les oiseaux chantent. Mais il y a aussi des jours comme aujourd’hui où l’on se sent inutile. Plein de culpabilité.

On n’y peut rien, c’est le monde qui est comme ça. Il faut reprendre le travail, ce n’est d’ailleurs pas un choix dans notre société. Avoir fait des études, et n’avoir pas le choix, c’est dur. Se dire que si on s’arrête on ne vaudra plus rien. Ben alors, Madame, ce trou sur votre CV? Vous avez fait quoi de ces années?

Monsieur, j’ai dormi. Enfin non, je n’ai pas dormi, pas le jour, pas la nuit non plus. J’ai passé des journée à être trop fatiguée pour rédiger une lettre de motivation. J’ai les qualifications, largement à mon sens, mais j’ai un CV tordu. Il y des zigzags. J’ai suivi mon instinct, mon coeur. Aujourd’hui, mon coeur, il est vide, et pourtant il est lourd.

Tiens bon, mon coeur, demain sera un autre jour, et peut-être que le soleil brillera.

 

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